Ma chère enfant
Tu es aujourd’hui entourée de ceux et celles qui te sont chers , ceux et celles qui pensent à toi , t’attendent , te font confiance et imaginent ton avenir , tes expériences . Pourtant le cercle de ceux qui tiennent à toi s’élargit bien au-delà de nous tous , vers d’autres qui , retenus par leur profession , la distance ou toute autre raison t’accompagnent et croient en toi bien au-delà de cette après midi . Je pense aussi à ceux qui te manquent , et en particulier à tes grands parents maternels , qui auraient été si heureux d’être avec toi et auxquels ta maman a du penser très fort , aujourd’hui .
Tu vas bientôt rentrer bientôt de plein pied dans une étape ultérieure , celle qui va te mener bien au-delà de tes frontières , de tes limites actuelles , celle qui va te pousser au-delà de ta maison , de ton école , de ta famille la plus proche . Tu vas bientôt devenir une jeune fille , il n’est pas loin le temps où ton sourire va s’affirmer , devenir un peu espiègle , attirant , charmant . Tu as empoigné jusqu’ici sans compter tout ce qui t’entoure , te façonne , te montre le dehors , le présent , l’attente que tu portes en toi et que tu représentes . Ta vie va prendre un autre tour , celui d’une ouverture infinie , d’espoirs insensés qui te porteront bien au delà de ce cercle familial qui , aujourd’hui , se rassemble et te réjouis . Tu vas conquérir et créer ton monde , celui qui s’ouvre devant toi et vas bien au-delà de ce village , de cette sirène assise qui borde , pas très loin d’ici , la route qui mène à Metz .
N’oublies rien de tout ce que tu as appris jusqu’ici . Dis toi bien que la vie qui t’attend , s’annonce devant toi , sera d’abord ce que tu en feras . Le monde est grand , il est beau , il recèle des trésors magnifiques qui te rempliront les yeux de bonheur , de pétillements , de scintillements au point que parfois , tu fermeras tes paupières pour arrêter le temps , le serrer le garder et le conserver précieusement tout au fond de toi . Tu absorberas de tout tes poumons l’air qui t’entoure , les embruns de la mer , le souffle du vent , les couleurs d’un arc en ciel , d’un coucher de soleil et surtout de la petite bougie qui vacille au fond de ton cœur , comme au fond de chacun de nous . Tu vas devenir une adulte , une femme , que je te souhaite autonome , libre et responsable . Tu vas te jeter au devant à corps perdu , tenter ton impossible , le dépasser , le vaincre et ouvrir encore et encore des espaces infinis qui te dépasseront , et de loin . Marie , je te le répète le monde est beau , il est grand , il est ce que tu en feras , regardes toujours bien tout autour de toi , bien au delà des obstacles , des murs , des murailles, des cernes qui te barreront la route , t’entourent et t’enferment , te brisent et t’effacent : il existe toujours quelque part , une issue , une échappée , un travers par où passer, une coulée de lave qui te prend et t’emporte loin de tes soucis , tracas , ou désespoirs inutiles . Ne regardes pas en arrière , jamais , regardes au devant , appuies toi sur ton histoire, tes racines et dépasse les , et de loin , voles au devant , le plus loin et le plus haut possible , il est des sommets que tu n’imagines même pas , des bonheurs que tu n’imagines même pas et que tu découvriras avec impatience , joie et satisfaction . Saches les partager avec ceux qui t’entoureront , te seront chers , te porteront au devant , t’apporteront devant eux et briseront les carcans , les rétrécissements , les étroitesses d’esprit qui pourraient te barrer la route . Tu rencontreras des difficultés , des douleurs , des craintes et des peines que tu n’imagines même pas non plus , n’oublies jamais , il existe toujours quelque part une issue , un travers , une ouverture par où passer , filer ,aller au delà . Tes pires ennemis seront à l’intérieur , quand tu ne sais plus où aller , que le chemin semble s’arrêter , que tu ne passes plus . Alors , tiens toi sur toi , très fort , vas chercher tout au fond de toi cette petite lumière qui brille , toujours, sans arrêt , ne laisses personne ni rien d’autre souffler dessus , écoutes et regardes ce qui te fait mal et passe au-delà , au-dedans de toi , ne laisses personne souffler à ta place , ne laisses personne abimer cet espace , cet espoir que tu portes en toi , il fait ton bonheur , ta force , ta présence . Tu sais , le bonheur est contagieux , se propage , diffuse et passe de l’un à l’autre , tu trouveras en toi et en ceux qui t’entourent ce bonheur et cette force là , tiens les indemnes , donnes les à pleines brassées au fil du temps , de ta marche en avant , n’y vas pas par quatre chemin , prends le tien et ouvres le au devant , le plus loin possible et cours , tu verras , il t’attend des moments insensés , des moments qui ne se comptent plus , te traverseront , te porteront en avant , bien au delà de tout ce que tu peux imaginer
Apprends tout , gardes chaque parcelle , chaque moment intact dans ta mémoire , tires en la quintessence , la substantifique moelle , ce qui porte en avant . Rayes , jettes aux orties , écrases le reste , tu rencontreras des fats , des creux et des imbéciles qui chercheront à te tenir à eux , à te garder pour eux , à te protéger de dangers imaginaires , n’écoutes pas les sirènes de la médisance , de la rancune et de la rancœur , de la haine et de l’intolérance , portes ton cœur , ta tête et tout ce qui te fais au-delà des récriminations , des plaintes et des contraintes , ouvres et apportes ton sens , ta présence , tes conquêtes et ne laisses personne, jamais , t’arracher ceux que tu aimes , que tu choisiras tout au fond de ton cœur , que tu apporteras avec toi , au-dedans de toi . Il ne sert à rien de gémir , de se plaindre , de se morfondre en conjectures inutiles , savamment entretenues par des peurs irraisonnées , des superstitions barbares , contraignantes , ouvres chaque pas , ouvres chaque porte , tu trouveras derrière des chants magnifiques, des gerbes de fleurs , de mots , de poèmes, d‘attentes et de sens immenses , qui balaieront d’un coup les pleurs , les rigueurs , les retraites inutiles . Ne cherches pas le vide , l’absence , gardes ton silence au fond de toi , sur cet espace qui te contient , te montre , te transforme . Tu vas devenir une jeune fille , quelqu’un qui apporte , porte en son sein , donne sans regret et de toutes ses forces , tu vas devenir une jeune fille qui se transporte , imagine ses émotions , invente et ouvre un monde qui chante et danse . Laisses toi porter par ton imagination , tes espoirs , tes attentes , laisses toi porter par une risée , un coup de soleil , un geste tendre , un apport innocent . Ta gentillesse , ton respect de l’autre , tes connaissances vont grandir , elles aussi , ta mère et moi avons essayé de te transmettre le meilleur de ce que nous savons , avons appris , nous te montrerons encore et encore le chemin qui nous parait le meilleur , l’attitude qui traverse , prospère et se propage ; je t’ai emmené plusieurs fois , et avec Léa dans les endroits les plus lourds d’histoire et de compréhension de la capitale ; comprendre c‘est prendre avec soi , en soi , apprendre c’est s’enrichir , se grandir, tu ne deviendras pas seule celle que tu deviendras , prends en toi le meilleur , tisses des liens qui écartent les distances , forment un tissu transparent et poreux et tiens le haut et fort comme un étendard auquel se rallier . Elimines les contraintes , les fermetures à double tour , les blocs serrés , tends tes mains au devant , il fait clair partout , tout au long du chemin et la petite lumière que tu portes en toi brillera de tous ses feux , de tous ses éclats , n’espère pas rompre la noirceur ou l’effroi, passes ton chemin , pardonnes à ceux qui te feront du mal et vas t’en loin , le pardon est un don , don de soi et don à l’autre , de ceux qui permettent d’aller ailleurs , tu te grandiras en donnant ton amour , ton affection , tu te détruiras en te repliant sur toi , en gardant pour toi tes richesses qui s’étioleront si elle restent confinées , restreintes , rabougries . Pardonnes , donnes et pars , donnes et partages , ne t’attardes pas sur tes blessures et les coups de griffe , guéris et file au loin , ne te laisses pas aller à la rancune et au ressentiment , ils te détruiraient plus sûrement que tout autre ; gardes au fond de toi cette brillance , cet éclat , cette gentillesse et ce respect de tout , ils te porteront , t’ouvriront des portes , des serrures verrouillées depuis longtemps , ils t’emmèneront sur des rivages inconnus , des contrées heureuses et joyeuses , réserves ta présence à ceux qui la maintiennent et la cultivent , l’acceptent et la révèlent .
Un obstacle est fait pour être vaincu , regardes au-delà , il sera déjà surmonté , n’arraches rien , gardes tout , conserves toi et
prends soin de toi . Aujourd’hui tu es devenue membre de cette gigantesque communauté qui regroupe tous les croyants de notre religion , gardes en le meilleur , qui n’est pas prêt de
s’éteindre , tu l’adapteras à ceux qui te rencontreront , te façonneront , t’aideront à passer sur d’autres rives . Ton père , ta mère sont fiers de toi , Trystan est là aussi , qui risque un
clin d’œil et te regarde en voulant grandir , lui aussi . Cette journée restera pour nous un magnifique cadeau que nous te faisons , cadeau de la présence de tous ceux qui sont là ,et de tous les
autres , nous te transmettons ce message à plusieurs : va , progresse , avance , rassemble ceux qui t’aiment et ne regardes pas en arrière , va ton chemin , il ne s’arrêtera plus .
Je t'embrasse
Ton
père
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Je me suis approché au bord d’un petit ruisseau fleuri , au bout de la forêt , un peu au-delà de sa lisière , vers
la plaine du bout . J’étais seul . La journée se terminait en langueur , je ne voulais plus rester là ,tenir un livre dans mes mains ni chercher l’incherchable , l’inatteignable , les mots
rentrés et qui font mal , barrière , retour incessant . J’avais quitté les autres , bavards , suffocants , apeurés devant une motte de terre , un creux , une bouée de sauvetage . Je suis venu te
dire ici la seule issue possible , tout au bout de ce pays , au bout de moi , de toi , là où le temps se précise , apporte son soutien , sa tenue , là où les mots comptent chacun pour deux, un
pour toi , un pour moi . Chaque mot s’apporte , tient sa route , son sens , ses liens , je suis venu te dire mes mots , pas pour te les balancer à la figure ou te faire la morale , je
suis venu te dire mes mots , ceux qui m’ont ouvert , ceux qui m’ont permis de tenir le coup , quand je n’en avais plus , quand mes mots avaient été trahis , tous , jusqu’au silence ultime , celui
de l’arrachement de la voix .
Joan Miro